| Surnaturel | < r>
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Auteur : Mithrandir Posté le : 18/06/2006 à 05h25 |
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Chapitre : 1 La jeune fille s’éveilla par un matin tardif. La lumière du soleil filtrait au travers des rideaux de lin. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait connu si agréable sommeil. Elle chercha dans sa mémoire les événements qui pouvaient expliquer une telle relaxation de quiétude décorée. Mais elle eut du mal à se souvenir des événements de la veille. Seul le rêve que la nuit lui avait offert lui revenait à l’esprit. Elle se leva et entreprit de faire son lit. Et, pendant qu’elle effectuait cette manœuvre quotidienne, elle remarqua un détail intéressant. Les draps, qui dégageaient une odeur de frangipane, dissimulaient une feuille d’arbre aux reflets d’or et d’argent. Valentine fronça de ses noirs sourcils. La réflexion s’imposa à son esprit mal réveillé. Mais aucune conclusion ne se présenta. Et, tandis qu’elle pensait, ses pas erraient au hasard dans la pièce. Puis ils descendirent dans le jardin. Une surprise effrayante l’y attendait. En cette saison, les branches des arbres avaient pour habitude d’être vides, sans la moindre feuille. Mais, étrangement, la vie foisonnait dans les cimes vertes, dans les ramures peuplées de maints oiseaux, et dans les troncs bruns qui étaient recouverts d’un lichen aussi luxuriant que les feuillages qui se balançaient au-dessus des racines cachées par de nombreuses variétés de fleurs aux couleurs vives. Des roses blanches, écarlates, violettes, marines et jaunes se noyaient dans un océan de bleuets, coquelicots, marguerites, tulipes, orchidées, lilas et jonquilles. Ces magnifiques plantes bordaient un chemin ambré où osaient parfois s’aventurer quelques brins émeraudes. La pierre qui le recouvrait naguère avait disparu, et une voûte formée par de grands arbres, magnifique dôme par où filtrait une lumière verte et pâle, se dressait au-dessus de la tête de notre héroïne. Ainsi progressait-elle dans un étrange couloir. Arrivée au bout, la jeune fille vit un banc blanc qui lui était familier. Elle aimait bien cette banquette. Lorsque désespoir, colère, ennui, lassitude ou fatigue l’assaillaient, c’était lui qui la consolait. Elle s’asseyait dessus, et son cœur se sentait mieux, encore que, parfois, ce fut un défouloir sur lequel elle s’acharnait avec de grands bâtons. Mais la stupeur la frappa lorsqu’elle constata qu’il était paré de manière splendide. Des lierres enlaçaient ses pieds, et l’accoudoir était décoré de maintes plantes grimpantes exhibant de splendides pétales. La jeune fille s’y adossa et regarda l’environnement étrange. Plus beau et brillant que lorsque le printemps sortait, il relevait du surnaturel. Elle ne comprenait absolument pas ce qu’il se passait. C’est alors qu’elle le vit. De l’autre coté du corridor, devant la maison, il se dressait. Il était là. La jeune fille crut recevoir un coup dans l’estomac. Là se dressait l’arbre de son rêve, qui, dans une réalité troublante, paraissait encore plus beau qu’elle n’aurait pu l’imaginer. En ce moment même ou elle l’apercevait eut lieu un étrange phénomène. Le corps de l’adolescente s’affaissa sur le siège, les yeux révulsés. Un moment durant, tout ne fut que noir, vide et ténèbres. Elle ne voyait rien. Puis la vision de notre jeune fille lui revint progressivement. Son esprit n’habitait plus son corps. Le monde lui semblait étrange. Il était découpé, multiplié, divisé, et teinté de rouge. Elle abaissa ses ailes. Ces dernières étaient couvertes d’une mosaïque d’écailles aux couleurs harmonieuses et diversifiées. Elle s’éleva un peu dans les airs. Elle sentait une petite conscience s’agitant auprès d’elle. Valentine perdit un soupçon d’altitude. Apparemment, l’esprit tentait de lui parler. Elle refit le mouvement. Il lui avouait se sentir honoré par sa présence. Elle sentit le vent frôler doucement ses antennes. Il lui confia qu’il trouvait bon le fait que s’accomplissent, après une si longue attente, les Plans, et que vienne la récolte des efforts de jadis. Il lui exposa l’état des jours de sa race, qui papillonnait agréablement au milieu des fleurs pendant que s’écoulaient les courts jours de leur vie. Il leur rapporta les sourires qui se formaient sur les lèvres des humais qui les voyaient voltiger de fleur en fleur, se nourrissant d’un doux nectar sous les rayons du chaud soleil estival. Puis elle ne vit plus par le regard du minuscule papillon. De nouveau, le monde s’éteignit. Et, quand se rouvrirent les paupières, elle vit défiler la savane, l’or en herbe, le blé sauvage et l’ambre qui illuminait le ciel qui s’étendait au-dessus d’elle. Elle aperçut un lac d’azur, charmante étendue d’eau où stagnaient nénuphars et langues de bêtes assoiffées. Elle entendit des sabots qui frappaient le sol, se rapprochant du point d’eau étincelant. L’antilope se pencha au-dessus du liquide frais. Et alors, à ses cotés, Valentine sentit se mouvoir un esprit plus grand que les précédents. Elle put mieux expliquer ce qu’elle ressentait : il semblait qu’elle s’installait dans des corps d’animaux. Elle comprit alors exercer un contrôle total sur les êtres vivants. Apres être ainsi devenue poisson, scarabée, flamand rose, éléphant, vil crocodile, babouin enfermé dans un zoo, et cigogne, elle se muta en un nombre qu’il serait trop grand d’énumérer. Puis revint l’habituelle absence de perception visuelle. Et elle ne revit plus. Car il semblait qu’aucune vie habitât ce en quoi elle avait élu présence. Seul un bruit la troublait : un crépitement. Un feu brûlait le bois. Le bois était mort. Elle ne savait où était son corps originel, à la longue chevelure d’encre, aux iris exposant la couleur de la feuille forestière. Mais l’intuition lui disait où reposait la carcasse de cet arbre : dans son jardin. Elle se situait à proximité de son corps, et la pensée que des flammes consumaient peut-être les longs fils soyeux qui ornaient le dessus de sa figure. Mais, soudainement, elle sentit se développer, à ses cotés, une petite conscience, réapparut le monde, et la cécité de notre jeune fille se tarit. L’arbre frappa son esprit de sa présence, plus beau encore que tel qu’il lui était apparu dans son songe. Il se tenait près du corps inanimé d’une adolescente à la beauté et à la grâce d’une reine, au milieu de cendres mortes et de fleurs de carbone. Les arbres, abattus, transformés en braises chauffées par les flammes qui les léchaient. Le paysage s’évanouit. Un cil du corps de notre héroïne tressaillit légèrement. Une paupière se souleva. A grande peine, la jeune fille se releva. Elle fut alors frappée de surprise. Le décor de son jardin était à nouveau vivant, débordant de flots de vie et de bonheur, comme si rien n’avait troublé le calme de ce lieu enchanté, qui, par la froideur d’un hiver tenace, se réchauffait seul et vivait sous un été jovial. Aucune cohérence réaliste ne se dissimulait dans ces événements étranges, et cela troublait la jeune fille. Elle resta de longues heures durant à penser, au milieu de tous ces événements d’apparence si réels, et à se demander si le rêve ne la dominait pas. Mais elle aboutit à la conclusion qu’aucune explication ne pouvait venir par la réflexion avec les données dont elle disposait présentement. Mais, cependant, elle ne cessa de se poser moult questions en regagnant sa chambre, menée par ses pas, tandis que l’horizon avalait le gigantesque astre solaire, déformé par la pensée du combat qui l’attendait sous la terre avec le grand serpent de la nuit. Le grand soleil envoyait des rayons de pourpre et d’or se refléter dans les nuages, si bien qu’une lueur rose sortait des nuées cotonneuses en divers endroits, éclairant la terre d’une lueur jaune qui s’infiltrait dans la chambre en passant par les fenêtres, tandis que notre amie se couchait au milieu de ses draps tissés dans la soie douce, et brodés de mille motifs élégants. Enfin, après quelques temps de réflexion, le sommeil et l’épuisement l’emportant le long de la rivière de Morphée. Le jour entra dans la chambre sans rencontrer d’obstacle. Les yeux verts papillonnèrent. Elle s’extirpa lentement de son sommeil. S’étirant, elle bailla. Pleinement réveillée, elle se leva. C’est à ce moment que le fait la frappa. Il n’y avait que trois murs. Les meubles étaient fracassés ; ses affaires déchiquetées, la porte en éclats et le plancher arraché agonisaient sous le poids de la moitié du plafond, qui, écroulé en gros blocs, semblait avoir chu sans troubler son sommeil. Timidement, la jeune fille s’approcha su bord du précipice, qui, à la place d’un troisième rempart, se dressait, ouvrant la pièce sur l’horizon. Le froid la brûlait. Chaque pas lui donnait peur. Elle était terrifiée. Son pied frôla la neige, qui, à son contact, sans qu’elle ne s’en rendit compte, se transforma en une petite pousse exhibant fièrement un unique bourgeon. Précautionneusement, elle se pencha par-dessus le vide. Les pierres brisées et la poussière gisaient parmi l’herbe jaunie, flétrie, agonisante ou même carbonisée. Les arbres, déracinés, perdaient encore de leur sève. La mer blanche et brillante recouvrait les troncs mutilés, les branches brisées et les feuilles mortes. Valentine était totalement désorientée. Il lui fallut quelques minutes pour se remettre du choc, récapitulant intérieurement les événements étranges de ces derniers jours. Trois salles avaient été détruites mystérieusement, et ce en sa présence, du moins pour l’une d’elles. Ensuite, un jardin estival s’était dressé au milieu de la saison de nacre. Elle avait voyagé dans le corps de centaines d’animaux différents, et le petit verger qu’elle avait vu dévasté avait étrangement retrouvé vie, puis l’avait perdue pour la seconde fois. A cela s’ajoutait le rêve qui l’avait saisie, la feuille qui s’était glissée entre ses draps, et l’apparition qu’elle avait brièvement aperçue. Sans y penser, elle laissa ses mains effectuer la tâche matinale de manipuler l’étoffe douce qui avait bercé son repos. Et, cela fini, elle remarqua que, de par-dessous l’oreiller, s’extirpait un reflet doré. Elle souleva le polochon, et, non sans accablement, découvrit une feuille à la couleur du soleil. L’adolescente se dressa soudain, oubliant le vide proche. Elle marcha, traversant l’encadrement vide ou s’était tenue une porte belle. Elle courut, dévalant l’escalier étonnamment intact. Son cœur battait puissamment, sa respiration s’accélérait, et ses joues rougissaient. Prestement, elle enfila une paire de chaussure sans nouer les lacets, ne se rendant même pas compte que de grosses échardes s’enfonçaient dans la chair de son pied ensanglanté, provenant des débris qui jonchaient le sol de sa chambre, tant l’angoisse la tourmentait. Notre jeune fille descendit quelques marches qui conduisaient au seuil de sa maison. Elle traversa le jardinet, ouvrit le portail rouillé et posa le pied sur la neige qui recouvrait le trottoir, dans le froid et la nuit qui, sans exposer d’étoile, se laissait percer de quelques rayons, ceux-la même qui l’avaient réveillée. Luxembourg dormait encore. Mais même réveillée, elle ne semblait pas beaucoup plus vivante. Notre amie trouvait ce fait désolant, car la ville était très jolie, et la mort qui en ressortait en était plus attristante encore. Le cœur de la jeune fille revint à un rythme normal. Mais soudainement, un fait s’abattit, foudroyante foudre d’une puissante puissance, sur elle. La veille, samedi, la jeune fille n’avait pas vu trace de sa mère. Elle se rua dans la demeure, et la chercha longtemps. Mais elle ne trouva rien d’autre qu’un petit bout de papier dissimulé dans les draps de son lit, sur lequel, d’une encre verte, étaient tracées ces lettres : « Valentine, petite chérie. Ces derniers jours m’est apparu que le temps que je redoutais depuis longtemps approchait inexorablement. J’ai tenté de te parler, mais je n’en ai pas trouvé le courage. Car, petite puce, ma mission se termine. Je devais t’éduquer, et a présent que commence ta mission, je ne puis rester. Laisse couler les larmes, puis oublie le chagrin qui te ronge. » Et c’est pourquoi des centaines de gouttes salées churent durant la demi-heure suivante. Mais, lentement, la tristesse de son cœur s’échappa au travers des pleurs, et, par quelque volonté étrangère, le sourire lui revint. A dire vrai, bien que Valentine l’ignorât, sa génitrice et l’arbre de ses rêves n’y étaient pas pour rien. Mais sa tristesse la désorienta au point qu’elle erra quelques temps dans la maison, le moral expulsé de la réalité, et cela était d’ailleurs justifié. Et la vue des lieux n’apaisait pas sa lassitude. La bouillasse qui tapissait le sol de la cuisine, les débris du salon et la chambre vide ayant appartenu à sa mère n’amélioraient en rien son humeur. C’est pourquoi, fuyant sa lassitude, elle ressortit dans la rue déserte et ensoleillée. La neige avait commencé à fondre, et ressemblait à une matière ressemblant à la boue. Elle marcha quelques temps, sur une ou deux centaines de mètres. Elle arriva finalement près d’une petite boutique, qui, au coin d’une rue, proposait nombre d’articles des plus attrayants. Presque tous les matins, elle dépensait une part de son argent de poche afin d’acheter quelques sucreries. Mais ce n’étaient pas les seuls articles peuplant l’échoppe. En effet, le commerçant semblait assez peu au courrant des lois concernant le commerce de tabac. Mais la jeune fille ne se laissait pas prendre par son jeu. Il était certes assez intelligent pour escroquer les racailles, mais elle savait déceler la malignité qui habitait son jeu. Elle connaissait beaucoup d’autres personnes qui en était capables : Alain, par exemple, ou Alice, ou Charles…Surtout pas Charles. Musique baroque et classique, somnolence dans un lit d’herbe, calme imperturbable, et joies sous le vent et le soleil, tel était le portait de cet hurluberlu considéré comme un intellectuel par ceux qui ne le connaissaient pas. Mais Valentine avait été une des rares à prendre la peine d’étudier sa personnalité. Et il lui était apparu que les arguments que Charles utilisait pour convaincre les autres qu’il n’était pas un « intello de service » n’étaient pas erronées. Car, en effet, il n’était pas le triste personnage dont on parlait. Certes, il était solitaire, relativement étrange, grand lecteur d’aspect inintéressant et philosophe par moments, mais il regorgeait de trésors d’amitié. Il habitait à quelques pas du magasin, mais ne le fréquentait jamais. Elle le vit en train de descendre les degrés qui gravissaient jusqu’au seuil de la maison qu’occupait cet ami. Il semblait troublé, bien qu’il ne l’ait pas vue. Cela était inaccoutumé. Car, en effet, jouissant d’une réputation moyenne dont il n’avait cessé de se plaindre, il se sentait honteux en voyant la jeune fille qui, elle, supportait une popularité minable sans s’en formaliser. De plus, elle, qui était son amie, avait beaucoup sacrifié pour lui, alors que, au moment où elle-même chutait, il ne lui fournissait que peu d’aide. Cela était un de ses rares soucis, et Valentine le savait. Aussi s’étonna-t-elle lorsqu’elle l’aperçut, sourcils froncés, mais pour une cause très probablement autre qu’elle. La réputation ne créait que des problèmes, mais quelle en était l’utilité ? Telle était la question que Charles avait adoptée pour mieux soutenir l’écrasant poids des moqueries qui l’avait accablé. Il posa le pied dur le trottoir et marmonna d’énigmatiques et incompréhensibles murmures qui tombèrent, inaudibles, dans les basses ténèbres des profondeurs. Il semblait mener un effrayant monologue. Ses sourcils extrêmement froncés cachaient un peu ses yeux, qui roulaient dans leurs orbites, imbibés d’un sang rouge, et une sorte de sourire stressé et sinistre planait sur son visage dément. Son expression fit naître la peur chez la jeune fille. Mais cette modification des traits ne dura que peu de temps, car son visage se détendit, en restant plus pensif qu’à son habitude, ce qui était tout de même inquiétant. Souvent incompris, Charles était devenu très sensible, et, parfois, colère et tristesse l’emportaient sur sa raison, sa bonté, sa force d’esprit et de cœur. Alors il devenait effrayant. Mais cela était aussi bref qu’horrifiant. Alors il la remarqua, et touts traits soucieux s’effaça de son visage, remplacés par un sourire soulagé et heureux, et par une merveilleuse étincelle de gaîté dans ses yeux scintillants. Il se dirigea vers elle, les bras grands ouverts. Et la voix claire et grave (pour une fille) sortit du gosier vibrant de la jeune fille, écartant les lèvres et découvrant de magnifiques dents d’écume, blanches comme l’ivoire, le nacre, ou la mouette qui survole les mers turquoises. Elle lança une simple salutation accompagnée d’une apostrophe amicale, et lui fut donnée réponse par la voix grave du jeune homme. Cette dernière n’était pas entièrement formée, et elle errait quelque part entre celle du ténor et celle du baryton, mais elle restait stable. -Je suis soulagée de te voir, affirma la jeune fille. J’ai une sorte de boule dans la gorge. -Moi aussi, le fait de revoir un visage amical me rend le sourire. Je dirais cependant que, ce qui est dan ta gorge, ce n’est pas une boule, mais un chat ! Naquit en la noire de cheveux un inexplicable sentiment de bonheur. La remarque la fit sourire, et toute tristesse quitta son esprit troublé, ce qui n’avait pas été depuis plusieurs mois. Les deux compères jouaient le rôle de « confidents mutuels », et tel était le nom qu’ils donnaient souvent à leur duo. Midi brillait. Les propos commencèrent à fuser, sans être pour autant fort révélateurs des événements. Valentine expliqua évasivement que sa maison connaissait un désordre effrayant en l’absence de sa mère, qui, partie, ne lui avait laissé rien de plus qu’une petite lettre de vague débroussaillage. Chose étrange, elle passa sous silence les faits les plus mystérieux. Lui, il lui souffla quelques mots sur la soudaine envie de revoir les monts d’Autriche qui croulaient sous la neige brillante, pierre cachée sous le ciel, dissimulant crevasses profondes et intrigantes. Il évoqua quelques rêveries qui l’avaient fait dormir sur le sable chaud et doré,ou qui l’avaient fait visiter maints milliers de tunnels. Il fit allusion à quelque manque d’ordre dans sa chambre, et à quelques périodes de fatigue peuplées d’hallucinations inquiétantes. Puis la conversation, suivant un cours sinueux, dévia sur d’autres sujets. Ce fut deux heures plus tard qu’ils se séparèrent. Notre adolescente le choix de ne pas tout dévoiler à son ami, mais il lui pesait lourdement sur la conscience. Mais une pensée allégeait ce fardeau : elle devinait qu’il n’avait pas été complet dans ses dires non plus. Elle se hâta en direction du prochain ami qui pourrait tenir avec elle une conversation heureuse. Elle courut dans les rues. Elle passa devant la boulangerie, tourna à droite, escalada la pente qui menait au Square André, petit carré dont les diagonales, chemins de cailloux jaunes recouverts de blanc et bordés d’arbres nus, dont le point d’intersection était le centre d’un cercle de cinq mètres de diamètre environ, vide d’herbe, bordé de quatre ou cinq vieux bancs. Ce repère était une grande fontaine de pierre, circulaire, aux degrés grimpant vers une petite sculpture métallique dont la forme évoquait celle d’un champignon. La jeune fille ne foula pas les chemins, mais tourna à droite, traversant une petite route, et s’engagea dans une autre ruelle. Lorsque, enfin, elle aperçut la maison de celle qui lui était restée amicale, un rire nerveux la prit. Elle sonna. La porte s’entrouvrit timidement, laissant apparaître un éclat doré. Alice avait toujours été sa plus proche amie. Valentine avait déjà sombré dans la diffamation par amitié envers Alice, et celle-ci le lui rendait bien. Notre jeune fille s’abandonna à un moment de pensée tandis que deux yeux bleus comme le ciel rayonnaient derrière le battant, scrutant et identifiant la visiteuse. Trois fidèles, après tout, suffisaient à lui donner la joie de vivre. Elle n’avait pas besoin de plus d’amis. Les yeux verts papillonnèrent. Elle se souvint de sa tristesse. Alain était parti. Seuls restaient les deux derniers, et leur éloignement grandissait. Elle savait que, dans moins d’un mois, elle resterait seule, et cette pensée lui arracha une larme. Charles, Alice, Alain et Valentine avait toujours formé un petit groupe uni d’originaux introvertis, timides et incompris. La porte s’ouvrir. Leur réputation était plus basse qu’elle ne l’avait jamais été, et la communauté se disloquait lentement. L’arienne apparut dans le cadre de la porte. Grande, rougissant très souvent et pouffant fréquemment, appréciant joies de dons de la vie, avait un visage en ce moment exceptionnellement inquiet, les traits tirés d’angoisse et les joues creusées de torrents de sel descendant de la mer de ses prunelles. Sans que notre héroïne n’ait le temps de voir le vestibule, son amie referma la lourde structure de bois, et elles parlèrent. Le temps s’écoulait. L’après-midi était très avancé lorsqu’elle repassa le portail de rouille recouvert. Et, sur les marches de pierre, elle s’accroupit, pensive, et réfléchit. Elle fixa une petite pousse d’herbe qui bravait encore le froid mordant, seule au-dessus de la neige glacée. Elle se posa nombre de questions concernant ses problèmes personnels, ceux des autres, et les domaines que seuls les Grands Sages aux barbes longues et au profond savoir avaient arpentés. Minuit dormait. Elle s’installa dans son lit, et trouva le sommeil à la lueur des étoiles. |
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