| Le Royaume du Sud | < r>
|---|
|
Auteur : Thorson Posté le : 16/05/2005 à 14h11 |
|
Chapitre : 1 Lâchant prise au niveau de la dernière branche de l’arbre sur lequel il était monté, Hornost se laissa tomber à terre prestement. Il épousseta ses vêtements puis s’approcha d’Aluarezis : - J’ai vu la ville au loin, nous sommes à un jour et demi de marche de Sladal. Deux tout au plus. - Parfait, lui répondit son ami. De toute manière nous avons le temps, dans la forêt la nourriture est gratuite et nos poursuivants ont peu de chances de nous rattraper. Ils doivent nous chercher sur le chemin. - Je l’espère. Hornost ramassa son sac, son arc et son carquois, et remis son épée Bamaldur dans son fourreau. - Allons-y Al, trouvons une clairière avant la nuit. Les deux hommes reprirent leur route à travers la forêt, longeant le chemin à une distance respectable, assez prêt pour ne pas le perdre de vue, mais assez loin pour ne pas être aperçu par leurs éventuels poursuivants. De taille moyenne, Hornost était blond aux yeux bleus, et ses cheveux mi-longs formaient un catogan sur son cou. Aluarezis, plus grand, avait les yeux d’un noir profond, et des cheveux courts couleur de nuit. Tout deux devaient marcher depuis longtemps déjà, car leurs vêtements bruns étaient sales et sur leur visage la barbe commençait à pousser. Ils semblaient avoir à-peu-près le même âge, trente ans environ. A la tombée du jour, ils arrivèrent enfin à une clairière où ils purent faire une halte. Aluarezis s’occupa du feu, pendant qu’Hornost prépara le lapin qu’il avait réussi à tuer d’une flèche dans l’après-midi. Ils allaient commencer à manger, quand tout à coup Aluarezis fit signe à son compagnon de se taire. Comprenant qu’il avait sans doute entendu un bruit suspect, Hornost posa discrètement la main sur la garde de Bamaldur. Aluarezis sortit silencieusement ses deux dagues. La nuit était noire, sans lune, et les deux amis étaient éclairés de face par leur feu, si bien qu’ils étaient une proie facile si quelqu’un leur voulait du mal. Ecarquillant les yeux pour essayer de percer l’obscurité, Hornost priait pour que ce ne fût pas leurs poursuivants, attirés par la lumière de leur foyer. Comprenant le danger de la situation, il s’apprêtait à disperser le feu d’un coup de pied quand, sortant des fourrés, une ombre s’approcha des deux compagnons. C’était visiblement un être humain, mais sa tête comme le reste de son corps était cachée sous une grande robe à capuche, et ils ne pouvaient voir son visage. La personne, quelle qu’elle soit, levait ses mains paumes vers le ciel en signe de paix, et pour montrer qu’elle n’était pas armée. Elle s’arrêta à quelques mètres du foyer. Ne sachant comment réagir, Hornost prit le parti d’interpeller le visiteur : - Bonsoir voyageur… Tu peux venir te restaurer avec nous si tu le souhaites, car ce lapin est bien assez gros pour trois. La silhouette opina du chef, et une voix sortit de la capuche. C’était celle d’un homme d’âge mûr, forte et autoritaire. - Je vous remercie, vous êtes très aimables. Voilà deux jours que je marche dans cette forêt, et je n’ai pas beaucoup mangé. L’homme avança de quelques pas et s’assit juste en face d’Aluarezis, de l’autre côté des flammes. Il mit les mains sur sa tête et rabattit sa capuche. Hornost et Aluarezis purent dévisager leur invité à la lueur du foyer : c’était un homme de quarante ans environ, mais qui avait déjà les cheveux blancs, coupés mi-longs. Il avait lui aussi une légère barbe, blanche. Hornost donna une part du lapin au visiteur, et en profita pour se présenter : - Je m’appelle Hornost, et voici mon ami Aluarezis. Nous sommes… - Des mercenaires, oui je sais. C’est pour ça que je suis venu vous voir. - Je crois qu'on les a semés Al… Hornost s'était arrêté de courir. Aluarezis avait stoppé sa course à son tour, et tout deux avaient regardé derrière eux, pour vérifier si leurs poursuivants avaient bien disparus. Aucun soldat en vue. - Cette affaire nous a amenés plus d'ennuis qu'on ne l'imaginait hein ? avait soufflé Hornost entre ses dents. - Oui… On a bien failli y passer. Je pense qu'on devrait se cacher dans les bas quartiers pendant quelques temps, avait proposé Aluarezis. - Ici, à Nohostu ? - Oui, bien sûr. Où voudrais-tu aller ? - Je ne sais pas… Loin d'ici, vers le sud. A Sladal, pourquoi pas ? - Vous nous connaissez ? s’étonna Aluarezis. - Bien sûr. Je fais rarement deux jours de marches pour aller rencontrer des inconnus. Je suis là pour vous engager. - Vous voulez dire, repris Hornost, que vous saviez où nous trouver ? Mais c’est incroyable… Comment avez-vous pu nous retrouver dans cette forêt ? L’homme laissa passer quelque secondes, puis, détournant quelque peu la question, se présenta à son tour : - Je me nomme Yfaurdoul, et je suis mage. J’ai été envoyé au Royaume du Sud par le Conseil de la Tour afin d’examiner la situation politique actuelle du pays. Elle m’a vite semblée assez claire : le tyran qui a pris le pouvoir réduit son peuple en esclavage et mène le royaume à sa perte. - Un mage, répéta Aluarezis. Il y a bien longtemps que nous en avons rencontré. - Nous n’avions pas plus de dix ans, ajouta Hornost en souriant à cette pensée. Il était passé par le village où nous vivions pour prendre des provisions… et sûrement glaner quelques renseignements. Mais depuis quelques années, les mages, comme les nains, ont du fuir vers le nord. - Le Conseil de la Tour s’intéresse donc au sort du Royaume du Sud ? interrogea Aluarezis. - Le Conseil s’intéresse à tout ce qui se passe dans se monde, répondit Yfaurdoul. Et il a eu vent des exactions qui ont suivi le renversement du roi Nafrosic par sa cousine Ufacie. - Alors vous avez été envoyé par le Conseil pour... ? - Rétablir l'ordre si nécessaire, répondit Yfaurdoul. C'est pourquoi, après avoir observer la situation pendant quelques temps, j’ai décidé de chercher ceux qui tentent de combattre la tyrannie d’Ufacie. C’est là que j’ai découvert le noyau dur de la Résistance. - Je vois, prononça Hornost. Si je comprends bien, vous « travaillez » en collaboration avec la Résistance à l’intérieur même de Sladal. - Pas que dans la capitale, répliqua le mage en secouant la tête. J’ai vite acquis la confiance de leurs chefs, et ils m’ont fait comprendre que dans toutes les villes du royaume des résistants travaillent dans l’ombre pour préparer la riposte contre la Reine. Yfaurdoul s’arrêta de parler. Il observa les deux amis en souriant à moitié. Aluarezis croisa le regard d’Hornost et comprit tout de suite ce que son compagnon pensait. Tout les deux se connaissaient depuis si longtemps qu’ils n’avaient pas besoin de parler pour se comprendre. - Yfaurdoul, je comprends votre situation, déclara-t-il. Mais ce qui m’échappe, c’est pourquoi vous nous racontez tout cela. Cela doit être assez secret, et nous ne sommes pas directement concernés par cette affaire. - Tout le monde est concerné par cette affaire. Vous habitez bien le Royaume du Sud ? Alors vous êtes vous aussi touchés par les privations occasionnées par la montée exorbitante des impôts directs et indirects, par la flambée des prix, par les violences de l’armée et de la nouvelle milice et par les rafles dans les bas quartiers. Vous avez été témoins de la chasse aux nains, qui les a forcés à partir vers le nord, tout comme tous les mages qui vivaient ici. Vous n’allez pas me dire que votre emploi de fuyards perpétuels vous plait ? prononça enfin le mage avec d’une voix cassante. Hornost fronça les sourcils. - Comment savez-vous que nous sommes obligés de fuir ? - Je suis mage, c’est mon rôle de savoir. Donc je sais d’où vous venez, et qui sont vos poursuivants. Je sais que vous continuez de pratiquer votre métier de mercenaire, même quand les intérêts de vos clients vont à l’encontre de ceux d’Ufacie, et que c’est pour cela que vous êtes poursuivis et que vous voulez gagner Sladal au plus vite. Parmi la foule, on ne vous retrouvera plus, et peut-être que l’on finira par vous oublier… - Sladal ! C'est n'est pas une bonne idée. C'est à presque dix jours de marche, les soldats nous rattraperont vite, ils ont des chevaux, eux. Mais pourquoi avons-nous accepté ce travail ? C'était pourtant clair dès le départ qu'on allait se mettre la milice sur le dos ! - Peut-être, avait répliqué Hornost, mais nous ne pouvions pas laisser cette femme et son gosse se faire emmener comme esclaves par les soldats d'Ufacie… - Je ne sais pas. Nous sommes des mercenaires, pas des redresseurs de torts. Et encore moins des rebelles au pouvoir en place. Les rois et les reines, ce n'est pas notre problème. - En tout cas, la femme et son enfant sont libres maintenant. - Et nous, nous sommes poursuivis, avait conclus Aluarezis. Ils s'étaient remis en route, en marchant cette fois, et en essayant de trouver les grosses artères de la ville pour se fondre dans la foule. Les rues étaient bondées à cette heure du jour, les hommes, les chevaux, le bétail, tout cela formait un incroyable mic-mac dans lequel les deux compagnons tentaient de se cacher. - Al, je n'ai aucune envie de gagner les bas quartiers de Nohostu. A Sladal, parmi la foule, on ne nous retrouvera plus, et peut-être que l’on finira par nous oublier… Hornost sursauta. C’était la phrase exacte qu’il avait employée pour convaincre Aluarezis de fuir, une semaine auparavant. - Co… Comment… bafouilla-t-il. - Ne chercher pas à comprendre comment un mage sait ou ne sait pas telle ou telle chose, coupa Yfaurdoul. Ecoutez-moi plutôt, tous les deux. Votre réputation vous a précédé, et les chefs de la Résistance, qui m’ont confié le rôle de chercher des guerriers expérimentés pour leur coup d’Etat, m’ont demandé de vous engager. - Nous engager dans la Résistance ? s’exclama Aluarezis. - Oui. Nous avons suffisamment de soldats pour prendre d’assaut les points stratégiques, mais il nous reste à trouver des spécialistes du combat pour assaillir le palais de la Reine, à Sladal. - Mais c’est de la folie ! s’écria Aluarezis. Tout cela ne nous regarde en aucune manière ! Nous n’allons pas risquer nos vies en attaquant le palais de la Reine, il doit être gardé par deux cents miliciens au moins ! - Environ oui, répondit le mage calmement. - C’est du suicide, dit Aluarezis en esquissant un geste d’énervement, je commence à croire que vous êtes complètement fou. - Comprenez nous bien, repris Hornost, nous avons déjà des dizaines de soldats à nos trousses, nous ne pouvons pas nous permettre de nous en mettre quelques centaines en plus. Yfaurdoul se leva, visiblement agacé. - On m’avait dit que vous étiez des mercenaires courageux, prêts à toutes les missions, quel que soit le danger. On a du me tromper. Je regrette juste que cela m'ait fait perdre mon temps. Merci quand même pour le lapin. Apparemment, il se ne s’était pas attendu à une réaction négative de la part des deux compagnons. Il remis sa capuche, et s’apprêta à repartir. - Attendez ! dit Hornost. Attendez juste une minute, laissez-nous discuter un instant. Il se leva à son tour et attira son ami à quelques distances du feu. - Sa proposition t’intéresse ? s’étonna Aluarezis. Tu deviens fou toi aussi ? - Non Al. Mais j’avoue que sa pique m’a touché. - C’était fait pour. - Il a raison au moins sur un point. Nous nous targuions de faire fi du danger, mais là nous avons reculé. - Attends, son affaire c’est du suicide, jamais il n’arrivera à prendre le palais. - Et pourquoi pas ? Ils ont l’air bien organisés non ? Et puis tu crois vraiment qu’un mage se laisserait entraîner dans un coup d’Etat s’il n’était pas sûr de réussir ? - Tu as peut-être raison. Mais avoue que c’est plus dangereux que tout ce que nous avons fait jusque là. - Mais c’est ça qui est intéressant justement, répliqua Hornost avec un pétillement dans l’œil. Aluarezis sourit. Il réfléchit quelques secondes, puis : - C’est d’accord, allons retrouver le vieux fou. Mais il faudra faire attention à une chose. Une fois l’affaire finie, ne nous laissons pas prendre dans leurs combines politiques. Sitôt le travail fait, on s'en va. - Bien sûr. Les deux mercenaires revinrent vers Yfaurdoul, qui les attendait patiemment. - Combien comptez-vous nous payer si nous acceptons ? Le mage eu un sourire en coin. - Le prix que vous voudrez. Aluarezis avait réfléchi pendant quelques instants, en plissant les yeux, comme il faisait toujours lorsqu'il se préparait à prendre une décision importante. - C'est d'accord vieux, on va vers le sud. Voyons si Sladal est une ville plus accueillante. Mais nous devrons prendre par la forêt, car le chemin sera parsemé de soldats. Hornost avait sourit, il avait encore réussi à convaincre son ami. - Allez, viens ! avait-il lancé. Sortons d'ici. Ils s'étaient alors dirigés vers la Porte Sud, en faisant attention de ne pas croiser de milicien. La porte atteinte, ils avaient été impressionnés par sa taille, qui contrastait fortement avec celle des murs qui ceignaient la ville. Sur les côtés des énormes battants, deux formidables statues se dressaient. La première, qui regardait la cité, était celle de la belle Noh, déesse de l'Amour et protectrice de la ville. La seconde, qui fixait la route partant vers le sud, représentait Horn, dieu de la guerre, avec son épée dans une main et une branche d'olivier dans l'autre. Les deux mercenaires étaient passés sous la porte sans se faire remarquer par les gardes, puis s'étaient dirigés directement vers la haute forêt qui s'étendait, noire, jusqu'à l'horizon. - Nous voilà partis mon vieil Al, avait dit Hornost en riant. Tu verras, on trouvera de quoi travailler à Sladal. Des missions, des quêtes, que sais-je ? - C'est possible, avait répondu Aluarezis. Mais j'ai un mauvais pressentiment… J'espère juste que tout cela va bien finir. Il s'était tu, avait regardé une dernière fois la ville derrière lui, puis avait repris sa route en secouant la tête : - Oui, pourvu que tout cela finisse bien. |
| Commentaires (0) |