Dans le but d'être le plus complet possible, nous avons ouvert cette section pour y réunir toutes les cartes de la Terre du Milieu et des Terres Immortelles, les chronologies des différents Âges, les calendriers et des traductions des HoME.
CÍRDAN
(Traduit de History of Middle-earth XII: The People of Middle-earth)
Ce court manuscrit est lui aussi associé à la discussion portant sur Glorfindel : un brouillon puisqu'il se trouve au verso d'une des pages du texte Glorfindel II.
Ceci [ndt. Le nom de Círdan] est le Sindarin pour " Constructeur de bateau ",29 et décrit ses fonctions plus tardives dans l'histoire des trois Premiers Âges ; mais son nom 'proprement dit', sc. son nom originel parmi les Teleri, auxquels il appartenait, n'est jamais utilisé.30 Il est dit dans les Annales du Troisième Âge (c.1000) qu'il était capable de lire plus loin et plus profondément dans le futur que quiconque d'autre en Terre du Milieu31. Cela n'inclut pas les Istari (qui venaient de Valinor), mais doit comprendre cependant Elrond, Galadriel, et Celeborn.
Círdan était un Elfe Telerin, un des plus nobles de ceux qui ne furent pas conduits en Valinor mais devinrent connus comme les Sindar, les Elfes Gris32 ; il était apparenté à Olwë, un des deux rois des Teleri, et seigneur de ceux qui partirent sur la Grande Mer. Ainsi il était aussi apparenté à Elwë33, le frère aîné d'Olwë, considéré comme le grand roi de tous les Teleri du Beleriand, même après qu'il se fut retiré dans le royaume fortifié de Doriath. Mais Círdan et ses gens restèrent en de nombreux points différents du reste des Sindar. Ils conservèrent l'ancien nom Teleri (dans sa forme sindarine tardive34 Telir, ou Telerrim) et restèrent en de multiples facettes un peuple distinct, parlant même dans les jours les plus avancés une langue plus archaïque35. Les Ñoldor les appelèrent les Falmari, 'gens des vagues', et les autres Sindar Falathrim 'peuple du rivage d'écume'.36
C'était durant la longue attente du retour de l'île flottante par les Teleri, sur laquelle les Vanyar et les Ñoldor avaient été transportés sur la Grande Mer, que Círdan avait tourné ses pensés et ses compétences vers la construction de bateaux, car lui et tous les autres Teleri devenaient impatients. Néanmoins il est dit que par amour pour sa parentèle et du fait de son allégeance Círdan fut le meneur de ceux qui cherchèrent Elwë le plus longtemps quand il fut perdu et qui ne revinrent pas aux rivages pour le départ de la Terre du Milieu. Ainsi il renonça à la réalisation de son plus grand souhait : voir le Royaume Béni et y retrouver Olwë et ses plus proches parents. Hélas, il n'atteignit pas les côtes avant que quasiment tous les Teleri de la suite d'Olwë ne fussent partis.
A cette époque-là, est-il dit, il regardait avec tristesse au-delà de la mer, et bien qu'il fît nuit, il put apercevoir au loin une faible lueur au-dessus d'Eressëa avant qu'elle ne disparût dans l'ouest. Alors il cria à haute voix : " Je suivrai cette lumière, seul si aucun ne veut venir avec moi, car le bateau que j'ai construit est maintenant presque achevé ". Mais alors même qu'il disait cela, il reçut dans son cœur un message, qu'il sut venir des Valar, bien que dans son esprit il se le rappelât comme une voix s'exprimant dans sa propre langue. Et la voix l'avertit de ne pas courir ce risque ; car sa force et son savoir-faire ne pourraient permettre de construire un navire capable d'affronter les vents et les vagues de la Grande Mer pendant de nombreuses longues années encore. " Attends maintenant ce moment, car quand il sera venu ton travail sera alors de la plus grande des valeurs et sera chanté pendant bien des Âges. " " J'obéis " répondit Círdan, et alors il lui sembla qu'il vit (probablement dans une vision) une forme semblable à un bateau blanc, brillant au-dessus de lui, qui se dirigeait à l'ouest à travers les airs, et comme elle diminuait avec la distance, elle ressemblait à une étoile d'un tel éclat que cela projetait une ombre de Círdan sur le rivage où il se tenait
Comme nous le savons maintenant, c'était une vision prémonitoire du bateau37 qu'après son apprentissage auprès de Círdan, et toujours avec son conseil et son aide, Eärendil construisit, et dans lequel il atteignit finalement les côtes de Valinor. A partir de cette nuit-là Círdan reçut un don de prescience au sujet de toutes les questions d'importance au-delà de la portée des autres Elfes de la Terre du Milieu.
Ce texte est remarquable du fait que d'un côté rien n'est dit de l'histoire et ni de l'importance de Círdan comme cela apparaît ailleurs, tandis que d'un autre coté presque tout ce qui y est révéler est unique. Dans les Annales Grises il est dit (XI.8, § 14) :
Ossë en persuada donc beaucoup de rester en Beleriand, et quand le Roi Olwë et ses gens furent embarqués sur l'île et passèrent au-delà de la Mer ils demeurèrent toujours près des côtes, et Ossë revint les voir, et resta en bons termes avec eux. Et il leur enseigna l'art de la construction navale et de la navigation ; et ils devinrent un peuple de marins, le premier de la Terre du Milieu.
Mais d'Ossë il n'y a maintenant aucune mention ; la construction navale sur les côtes du Beleriand est dite avoir commencé au cours des longues années durant lesquelles les Teleri attendirent le retour d'Ulmo, et est en effet expliquée (voir note 29) comme une évolution découlant d'un savoir-faire déjà développé parmi les Teleri pendant la Grande Marche.
D'autres caractéristiques de cette chronique qui n'apparaissentt nulle part ailleurs (en plus bien sûr du récit de l'envie de Círdan de traverser la Mer pour Valinor, et de sa vision d'un navire blanc se rendant vers l'ouest à travers la nuit le surplombant) sont que les Teleri s'attardèrent longtemps sur les abords de la Mer de Rhûn durant la Grande Marche (note 29 ; cf. p.373, note 13) ; que Círdan était le meneur de ceux qui cherchèrent Elwë Thingol, son parent, et qu'Eärendil était 'en apprentissage' auprès de Círdan, qui (c'est quoi ce guillemet ?) l'aida dans la construction de Vingilot.
29 Avant même de venir en Beleriand les Teleri avaient développé un savoir-faire dans la construction de navires ; d'abord des radeaux, et rapidement des bateaux légers avec des rames imitant les oiseaux d'eau des lacs proches de leurs premières demeures, et plus tard durant la Grande Marche lors de la traversée de rivières, ou notamment pendant leur long arrêt sur les rivages de la 'Mer de Rhûn', où leurs bateaux devinrent plus larges et plus imposants. Mais dans tous ces travaux, Círdan avait déjà été le meilleur et le plus ingénieux et le plus adroit. [Sur la signification de la Mer de Rhûn dans le contexte de la Grande Marche voir XI.173-4.]
30 Seul Pengoloð mentionne une tradition parmi les Sindar de Doriath selon laquelle sa forme archaïque était Nowe, le sens original de celle-ci étant inconnu, comme pour Olwë. [Sur la signification d'Olwë voir p. 341 et note 20.]
31 [Cf. Appendice B (Intitulé du Troisième Âge): 'Car Círdan voyait plus loin et plus profondément qu'aucun autre en Terre du Milieu' (dit dans le contexte de sa cession de Narya, l'Anneau de Feu, à Mithrandir). Le fait qu'ici il soit dit 'dans les Annales du Troisième Âge (c. 1000)' est étrange, mais est probablement à relier aux mots du même passage de l'Appendice B 'Quand environ un millier d'années se fut écoulé … les Istari ou Magiciens apparurent en Terre du Milieu'.]
32 Un nom quenya donné par les Ñoldor en exil, et d'abord appliqué au peuple de Doriath, les gens d'Elwë Manteau-gris.
33 [Que Círdan fût un parent d'Elwë est mentionné dans Quendi and Eldar (XI.384 et note 15).]
34 Il est utilisé comme un terme général pour le dialecte Telerin de l'Eldarin tel qu'il devint après les modifications survenues au fil des ans en Beleriand, bien que son développement ne fût pas totalement uniforme.
35 [Cf. Quendi and Eldar, XI.380: 'Les Eglain devinrent un peuple quelque peu à part des Elfes de l'intérieur des terres et au moment de la venue des Exilés leur langage était en de nombreux ponts différent' (Les Eglain sont le peuple de Círdan).]
36 [Pour Falathrim voir Quendi and Eldar, XI.378 ; et pour Falmari cf. X.163, § 27 : 'Les Elfes Marins devinrent-ils en Valinor, les Falmari, car ils faisaient de la musique près des brisants'.]
37 Vingilótë, 'Fleur d'Embrun'. [A côté d''Embrun' mon père écrivit par la suite 'Ecume' et nota aussi: 'wingë, Sindarin gwing, est à proprement parlé une écume volante ou l'embrun formé par le vent au sommet des vagues. Voir p. 376 note 24.]