Námo, le Juge, était un des
Valar et, qui plus est, un des huit
Maháni. L’aîné des deux
Fëanturi avec son frère
Irmo, il avait pour sœur
Nienna et comme épouse
Vairë. Son vrai nom, comme celui d’
Irmo, était rarement prononcé, sauf en secret. Il était appelé
Mandos, le Sage, l’Inébranlable.
Il n’oubliait rien, et savait tout ce qui serait, sauf seulement ce qu’
Ilúvatar avait caché ; il était à ce titre doué du don de prophétie, à savoir la connaissance du futur qui ne découle pas de la connaissance de la
Grande Musique ou d'une déduction. Il était de ce fait le
doomsman* des
Valar et la
Bouche de Manwë, ne parlant que sur le commandement de
Súlimo. Il était de surcroît le
Gardien des Maisons des Morts qui se trouvaient dans les
Cavernes de Mandos, situées près de la demeure de
Nienna, dans le nord de
Valinor, sur les rivages d'
Ekkaia. Il appelait à lui les
Fëar des
Elfes morts, qui, s’ils acceptaient cette convocation, devaient rester dans les
Cavernes de l’Attente un temps imparti par la volonté de Námo (parfois jusqu’à la fin d’
Arda) mais aussi par leur propre choix. Des traditions rapportaient que les
Nains y étaient aussi rassemblés dans d’autres salles séparées de celles des
Elfes. Certains disaient même que les
Hommes, à leur mort, y transitaient un moment.
En l’an 1000 de l’
Âge des Arbres, alors que
Yavanna,
Oromë et
Tulkas pressaient les autres
Valar de redonner la lumière à
Endor avant la naissance des
Elfes, il expliqua que la venue des
Premiers Nés était en préparation mais pas encore d’actualité et que ceux-ci devaient s’éveiller dans les ténèbres sous les innombrables étoiles. Ce fut à la suite de ces paroles que
Varda entreprit le plus grand des travaux depuis l’ordonnancement d’
Arda, la création de nouvelles étoiles et le rassemblement des anciennes en constellations.
Les
Tareldar ayant atteint
Aman et s’y étant établis, il s’éprit, au même titre qu’
Aulë, des
Noldor.
En 1172, après que
Míriel mourut en
Aman, il prononça au titre de
Bouche de Manwë le
Namna Finwë Míriello, le jugement concernant les épousailles des
Elfes. Il resta insensible aux supplications de
Nienna qui plaidait en faveur d’un droit de sortie des
Maisons des Morts pour
Míriel si elle se ravisait par la suite sur son choix de ne jamais revenir à la vie. Il accepta finalement son retour à la vie après que
Finwë eut juré de rester jusqu’à la fin d’
Arda dans les
Cavernes de l’Attente.
Quand les
Silmarils furent créés, et qu'ils furent bénis par
Manwë, il prédit que leur destin serait lié à la destinée de toute
Arda, terre, mer et air, et cela les rendit encore infiniment plus précieux aux yeux de
Fëanor.
Après la
Troisième Bataille,
Melkor fut emmené captif en Valinor où il fut jugé et condamné à purger sa peine dans les
Cavernes de Mandos pendant plusieurs Âges du monde.
Après que sa libération fut décidée sans que
Mandos ait voulu se prononcer et, qu'avec l'aide d'
Ungoliant, il eut tué les
Deux Arbres, volé les
Silmarils et assassiné
Finwë à
Formenos en 1495, Námo fit une allusion à cet assassinat, le premier d'un des
Eldar, alors que personne n'était encore au courant.
Et lors de la
Fuite des Noldor, il fut dit par certains que ce fut Námo en personne et non un héraut moindre qui vint prononcer la
Prophétie du Nord à laquelle
Fëanor se permit d’ajouter effrontément une prédiction de son crû. La
Malédiction des Noldor poursuivit dès lors tous ceux qui suivirent
Fëanor en exil.
En 469 du
Premier Âge, l’
Adan Beren mourut et l’
Elfe Sinda Lúthien abandonna la vie afin de le rejoindre dans les
Cavernes de Mandos, son aimé refusant de quitter les rives de la
Mer Extérieure avant d’avoir pu faire ses adieux à sa mie.
Tinúviel entama alors devant Námo le plus beau chant que des mots aient jamais tissé, le plus déchirant que le monde entendra jamais. Impérissable, immuable, il fut à jamais chanté à
Valinor sans que le reste du monde ne puisse l'entendre, et les
Valar pleuraient en l'écoutant. Car
Lúthien allia deux thèmes dans sa cantilène, la tristesse des
Eldar et la souffrance des
Hommes, les deux races qu'
Ilúvatar créa pour qu'elles vivent sur
Arda. A genoux devant
Mandos, ses larmes coulaient sur les pieds du
Vala comme la pluie sur des pierres, et lui qui jamais n'avait connu la pitié ni depuis ne l'a connue fut ému par son chant. Mais
Nurufantur n'avait pas le pouvoir de retenir dans les limites du monde les esprits des
Hommes trépassés quand leur attente était finie, comme il ne pouvait rien changer au destin des
Enfants d'Ilúvatar. Et il alla devant
Manwë qui prit conseil au plus profond de son être, où lui fut révélée la volonté d'
Eru. Il leur fut permis de revenir à la vie comme deux mortels.
A la fin du
Premier Âge il leva sa malédiction après que le
Semi-Elfe Eärendil fut venu demander le pardon des
Noldor auprès des
Valar.
Selon les traditions des
Dúnedain, Námo prononça aussi une seconde prophétie, la
Seconde Prophétie de Mandos, concernant la fin des temps qui prédisait le retour de
Morgoth et sa défaite finale lors de
Dagor Dagorath. Le monde serait alors détruit et refait, les
Silmarils recouvrés et la destinée des
Elfes accomplie.
* Littéralement
doom (
dooms au pluriel) signifie (1) un destin tragique (2) une inévitable destruction ou ruine (3) un jugement pénalisant, une condamnation. Námo promulguait ces trois types de
dooms.